Assez joué !
En République Démocratique du Congo, le peuple n’est plus qu’un pion déplacé au gré des caprices d’une élite cynique et d’un système qui se nourrit de son silence. On promet, on parade, on pille pendant que la majorité survit dans la peur, la faim, et l’oubli. Cette tribune est un cri de rupture, une gifle à l’indifférence, et un appel à la lucidité. Car à force de traiter le peuple comme un jouet, ceux qui tirent les ficelles finiront par découvrir que même le jouet peut casser.
Assez joué !
Le peuple congolais n’est pas un accessoire politique. Il n’est ni une figurine, ni un pion à déplacer au gré des ambitions personnelles. Pourtant, depuis des années, les citoyens de la République Démocratique du Congo assistent, impuissants, à une mise en scène savamment orchestrée entre les élites politiques, au nom d’une soi-disant paix, qui a souvent le goût amer de la trahison.
Le « compromis à l’africaine » : une mascarade institutionnalisée ?
C’est Corneille Nangaa, alors président de la CENI, qui en premier, a levé le voile sur ce qu’il a lui-même appelé un « compromis à l’africaine ». Un accord tacite mais lourd de conséquences entre Joseph Kabila, encore président à l’époque, Félix Tshisekedi, alors candidat à la présidentielle de décembre 2018, et certaines personnalités africaines jouant les témoins silencieux d’une passation de pouvoir censée être « pacifique ». Tout cela, prétendument, pour garantir la paix.
Mais à quel prix ?
Une paix bâtie sur le déni de la volonté populaire
Joseph Kabila, dans sa toute première tribune publiée dans le Sunday Times sud-africain, n’a pas mâché ses mots : les élections de décembre 2023 ont été, selon lui, le théâtre d’une vaste tricherie. Il affirme que le résultat proclamé ne reflétait aucunement la volonté populaire, accusant implicitement Félix Tshisekedi d’avoir manipulé le processus pour s’accrocher au pouvoir.
Dans sa récente adresse à la nation, après que ses immunités aient été levées pour une affaire liée à la rébellion du M23/AFC dans l’Est du pays, Kabila est revenu sur l’élection de 2018. Cette fois, il l’a évoquée non plus seulement comme organisateur, mais comme acteur d’un deal opaque dont il partage la paternité avec Tshisekedi et Nangaa. Deux voix sur trois ont ainsi confirmé ce que l’opposition menée à l’époque par Martin Fayulu, soutenu par Moïse Katumbi dénonçait depuis longtemps : une élection volée, une vérité confisquée, un peuple trahi.
Le silence de Tshisekedi : aveu ou stratégie ?
Joseph Kabila affirme que sa seule motivation était « l’intérêt supérieur de la nation ». À Tshisekedi de nous dire si c’est vrai car, comme le dit l’adage, qui ne dit mot consent. Ce silence est lourd. Et s’il persiste, il finira par devenir complice.
Peut-on impunément voler un peuple ?
Le peuple congolais a été dépossédé de sa voix. On lui a confisqué le droit fondamental de choisir ses dirigeants. Et tout cela au nom d’une paix de façade ? Mais il n’y a pas de paix durable sans justice. Il n’y a pas de stabilité possible sur les cendres de la vérité.
Devons-nous continuer à croire en ces hommes politiques qui, sous nos yeux, manipulent les règles, échangent les postes et marchandent nos destins comme sur un vulgaire échiquier ? Où est notre place dans cette démocratie fictive ? Devons-nous rester à leur merci, les bras croisés, pendant qu’ils jouent leur partie de poker sur nos vies, notre avenir, nos droits ?
L’heure de la vérité a sonné
Joseph Kabila nous a promis qu’au moment opportun, il dévoilerait les preuves irréfutables de ce fameux compromis. Qu’attend-il ? Un vrai patriote ne se tait pas quand son peuple est en danger. Il agit. Il parle. Il éclaire. S’il refuse de révéler la vérité, il devra répondre, devant l’Histoire, de non-assistance à peuple en péril. Et peut-être même, de haute trahison.
Et maintenant ?
Devons-nous continuer à croire en ce compromis à l’africaine ? Ou devons-nous enfin dire non, clairement, collectivement, fermement ? Car si la vérité ne jaillit pas, si les responsabilités ne sont pas établies, alors les conséquences seront inévitables. Pour les trois acteurs de ce pacte secret, mais aussi pour tous ceux qui, dans l’ombre, l’ont permis ou couvert.
Le peuple congolais n’est pas un jouet. Il est temps que cela se sache. Et surtout, il est temps qu’il le fasse savoir.
Daël TUMBWE | Empreinte Magazine.